Libération 24/06/10 :

Soixante-dix pour cent des poissons consommés par les Français viennent de Norvège, de Corée ou du Vietnam, rappellent les journalistes. Or le saumon norvégien, particulièrement prisé, est victime des attaques du dévastateur pou de mer. Pour contrer ce parasite, les éleveurs utilisent du diflubenzuron, un pesticide, qui, selon son mode d'emploi, serait dangereux pour l'environnement et toxique pour les poissons.

Kurt Oddekalv, président de Green Warriors of Norway, une organisation écologique, brandit des "poissons monstres" victimes de déformation. "30% des cabillauds achetés sous forme de filets proviennent de ces poissons", dit-il.

Après avoir vu l'émission, le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire s'est dit "choqué". Il a trouvé "révoltant" d'apprendre que le saumon d'élevage était nourri avec des pesticides "dont personne ne sait quels dégâts ils peuvent provoquer sur la santé humaine". Il a l'intention d'en parler avec son homologue norvégien.

Certains poissons pêchés dans la baie de Seine sont quant à eux contaminés au PCB, un polluant industriel. La pêche à la sardine vient d'être interdite dans cette zone, et bar et maquereau semblent en sursis.

"Il est impossible de dépolluer la mer du PCB qu'elle contient", dit-on à la préfecture.

Il y a aussi du PCB dans les sols que l'herbe des prés, contaminée, passe aux volailles ou au lait des vaches.

Quant aux cochons et canards élevés à la chaîne, on leur donne des antibiotiques pour les faire grossir, ce qui est interdit et n'est pas sans risque pour les enfants et les femmes enceintes.

"En quelques décennies, la logique industrielle a empoisonné nos assiettes et nous mangeons de plus en plus de produits chimiques", dit un vétérinaire.

Le plus grave, c'est que l'abus d'antibiotiques provoque des résistances qui se transmettent à l'être humain. "C'est une menace extrêmement sérieuse pour l'avenir", avec le risque de se retrouver avec des bactéries "contre lesquelles on n'a plus de traitement du tout", dit Antoine Andremont, de l'hôpital Bichat.

Restent les légumes et les fruits. Mais la fraise, produite de façon intensive en Andalousie, est traitée au bromure de méthyle, un pesticide interdit dans l'Union européenne. L'Espagne, selon les enquêteurs, aurait bénéficié d'une dérogation temporaire.

Que faire alors ? Des journalistes ont testé pendant 12 jours les effets de régimes alimentaires opposés.

Jean-Pierre, qui n'a absorbé que de la nourriture industrielle bon marché, a grossi de 1,5 à deux kilos, avec dans les urines des rejets d'urée et d'acides gras insaturés et un taux de conservateurs et de colorants multiplié par sept. Romain, qui s'est mis à un régime totalement bio, a maigri de deux kilos et ses analyses d'urine sont parfaites.
© 2010 AFP

Vous pouvez regarder le reportage de Pièces à conviction du 28/06/2010 sur le site de France 3